Trouver une idée de Travaux Pratiques (TP) qui coche toutes les cases du programme scolaire tout en suscitant un véritable émerveillement chez les élèves relève parfois du défi. Et si la solution se trouvait à la croisée de la science et des premiers balbutiements de la photographie ?

Inventé en 1842 par l’astronome et chimiste britannique Sir John Herschel, puis popularisé par la botaniste Anna Atkins, le cyanotype est bien plus qu’un procédé d’artisanat d’art : c’est une formidable démonstration de chimie d’oxydoréduction photo-induite.

Récemment, l’Académie de Paris a mis en ligne une ressource pédagogique très utile intitulée « Impression photochimique d’un cyanotype ». Ce document synthétise à merveille comment intégrer ce procédé historique dans les séquences de sciences physiques au secondaire.

Découvrons ensemble comment transposer cette technique en classe, les notions scientifiques précises qu’elle permet d’aborder et nos conseils pour réussir vos séances en laboratoire.

John Herschel, astronome et inventeur du cyanotype
Anna Atkins

John Herschel et Anna Atkins, pionniers du cyanotype

1. Pourquoi le cyanotype est-il parfait pour le programme de lycée ?

L’intégration du cyanotype répond à plusieurs objectifs des programmes de Physique-Chimie (Première générale, Terminale générale, filière STL et Enseignement Scientifique) :

  • L’oxydoréduction et les transferts d’électrons : La réaction centrale repose sur la réduction du fer(III) en fer(II) sous l’effet du rayonnement lumineux ultraviolets (UV).
  • L’interaction lumière-matière : Absorption des photons dans le domaine des ultraviolets proches (UVA, ) et transition électronique.
  • La chimie des complexes : Synthèse d’un pigment inorganique célèbre, le bleu de Prusse (hexacyanoferrate de fer).
  • L’interdisciplinarité et le Grand Oral : C’est un support idéal pour croiser la chimie avec les arts plastiques (création de photogrammes à la manière des photographes du XXe siècle), les sciences naturelles (création de planches botaniques à la manière des recueils de cyanotypes de Anna Atkins au XIXe siècle) ou encore l’histoire des sciences, fournissant d’excellentes pistes pour les sujets de Grand Oral.

Exemple de cyanotypes botaniques créés par Anna Atkins à partir de 1852, à la croisée de la chimie, de la photographie et de la botanique. Pour découvrir son ouvrage dédié aux fougères, récemment réédité, direction notre section librairie !

2. La science du bleu : que se passe-t-il au niveau moléculaire ?

Voici le mécanisme réactionnel chimique détaillé :

Étape 1 : Le mélange photosensible

Il faut initialement se munir de sels de fer : le citrate d’ammonium ferrique et le ferricyanure de potassium. Ils se présentent à l’état de poudre soluble dans l’eau. Comptez 1 dose de ferricyanure de potassium (poudre rouge) pour 2,5 doses de citrate d’ammonium ferrique (poudre brune ou verte).

On prépare ensuite deux solutions aqueuses que l’on mélange à parts égales :

  1. Solution A : Citrate d’ammonium ferrique (source d’ions chélatés par des ions citrate) + eau.
  2. Solution B : Ferricyanure de potassium, ou hexacyanoferrate(III) de potassium : + eau.

Pas besoin de préparer ce mélange dans l’obscurité, la réaction cyanotype n’étant activée que par les UV. Pensez tout de même à camoufler les fenêtres si c’est possible afin d’éviter que le laboratoire ne soit inondé de soleil.

le mélange est stable et présente une teinte jaune-verdâtre.

Étape 2 : L’irradiation UV (Réaction photochimique)

Lorsqu’on expose le papier imprégné aux rayons ultraviolets, le complexe de fer(III)-citrate subit un transfert de charge ligand-métal (LMCT) :

  • L’ion citrate s’oxyde (avec décarboxylation progressive).
  • L’ion fer(III) est photoréduit en ion fer(II) :

Fe(3+) + e-  (hν)   Fe(2+)

Étape 3 : La précipitation du Bleu de Prusse

Les ions fer(II) ( ) fraîchement formés réagissent immédiatement avec les ions hexacyanoferrate(III) présents dans la solution pour former un complexe insoluble très stable :

(Forme insoluble dite « bleu de Prusse » ou « bleu de Turnbull », avec un transfert d’électron à intervalence donnant cette absorption caractéristique dans le rouge et donc une couleur bleue intense).

Étape 4 : Le lavage à l’eau

Le rinçage à l’eau élimine les réactifs non exposés (qui restent solubles). Le bleu de Prusse, piégé dans les fibres de cellulose du papier, reste fixé. L’oxydation finale par le dioxygène de l’air (ou accélérée par quelques gouttes d’eau oxygénée diluée ) sublime l’intensité du bleu.

produits chimiques pour cyanotype
Utilisation d'un pinceau mousse pour le cyanotype
Comment créer un cyanotype

3. Conseils pratiques pour organiser votre séance de TP

En vous appuyant sur la fiche de l’Académie de Paris et les ressources complémentaires du réseau CultureSciences-Chimie (ENS / Eduscol), voici quelques astuces de laboratoire pour une séance fluide :

  1. Travailler en lumière atténuée : Il n’est pas nécessaire d’avoir une chambre noire absolue ! Fermez simplement les stores et travaillez sous une lumière artificielle classique (les LED émettent très peu d’UV).
  2. Le choix du papier : Privilégiez un papier aquarelle épais (250 à 300 g/m²), 100 % cellulose ou coton, sans réserve alcaline trop forte (le carbonate de calcium peut dégrader le bleu de Prusse en milieu basique).
  3. Création des négatifs : Vous pouvez faire réaliser aux élèves des photogrammes botaniques avec des végétaux récoltés au lycée, ou leur faire imprimer des négatifs numériques sur film transparent (idéal pour étudier l’échelle des gris et le contraste).
  4. Sécurité en laboratoire : Le ferricyanure de potassium n’est pas du cyanure libre ; ses ligands cyano sont très fortement liés au fer. Toutefois, rappelez aux élèves que ce composé ne doit jamais être mis en contact avec des acides concentrés ni chauffé fortement, sous peine de libérer du cyanure d’hydrogène ( ). Le port des EPI usuels (blouse, gants, lunettes) reste évidemment de rigueur.
Tirage photo cyanotype à partir d'un négatif photo - Mimosa

4. Enseignants et laborantins : nous équipons vos établissements !

La mise en place d’un tel projet demande du matériel adapté, conforme et disponible rapidement. Pour faciliter la préparation de vos séances de TP sans multiplier les fournisseurs, nous accompagnons les écoles, collèges et lycées dans leurs commandes pédagogiques :

  • Réactifs chimiques purs : Citrate d’ammonium ferrique et Ferricyanure de potassium de qualité laboratoire, conditionnés pour les besoins d’une ou plusieurs classes. Nous pouvons vous conseiller sur la quantité de réactifs à prévoir en fonction du nombre d’élèves concernés et de votre projet. Retrouvez les produits chimiques pour cyanotype par ici
  • Papiers d’art sélectionnés pour la chimie : Papiers aquarelle au pH neutre résistant aux bains de rinçage prolongés, en bloc ou à la feuille : à découvrir sur la boutique.
  • Pinceaux sans métal & accessoires : Pinceaux en mousse montés sans métal (le fer métallique peut réagir avec la solution) : voir les pinceaux
  • Verrerie et flacons inactiniques : Pipettes graduées, béchers de différentes contenances, bacs de rinçage et flacons ambrés pour conserver vos solutions mères à l’abri de la lumière : voir la verrerie pour cyanotype
  • Lampes UV pédagogiques (pour manipuler toute l’année) : Le cyanotype fonctionne très bien aux UV du soleil. Mais le soleil d’automne, d’hiver ou de début de printemps est souvent capricieux, et vous n’êtes pas toujours en possibilité de décaler la date de votre TP. Nos insoleuses et lampes UV à longueur d’onde maîtrisée (365–395 nm) permettent d’obtenir des temps d’exposition courts, constants et reproductibles, de quelques minutes, compatibles avec la durée d’une séance de TP de 1h30 ou 2h. Elles permettent d’insoler plusieurs cyanotypes en même temps. Les lampes UV pour cyanotype sont par ici.

Nous sommes disponibes pour répondre à vos questions et vous conseiller sur le choix du matériel.

💡 Modalités pour les établissements scolaires :
Nous acceptons les règlements par bon de commande administratif / mandat administratif (Chorus Pro). N’hésitez pas à nous contacter directement pour obtenir un devis personnalisé adapté aux effectifs de vos promotions.

Par ici pour en savoir plus sur nos kits sur mesure, établir un devis et nous contacter.

Conclusion

Le cyanotype est l’une des rares manipulations de chimie qui permet à l’élève de repartir physiquement avec sa production, reliant ainsi la rigueur d’une équation d’oxydoréduction à un objet esthétique concret.

Pour approfondir la démarche et préparer votre feuille de TP, consultez la ressource détaillée sur le portail de l’Académie de Paris et lancez-vous dans l’aventure photochimique !

Accès pro.